Un cheval atteint de dermite estivale récidivante des équidés (DERE) peut parfois continuer à être monté, mais uniquement si son état cutané, son confort et son comportement le permettent.
La dermite estivale n’est pas une maladie locomotrice. Elle ne provoque donc pas automatiquement une interdiction de monter.
En revanche, le prurit intense, les lésions dues au grattage, la douleur cutanée, les plaies secondaires et les frottements du matériel peuvent rendre le travail inconfortable voire aggraver certaines lésions.
La question n’est donc pas seulement :
« Mon cheval a-t-il une dermite ? »
mais plutôt :
« Les lésions et les démangeaisons permettent-elles aujourd’hui un travail sans douleur ni aggravation ? »
À retenir : une DERE légère et bien contrôlée peut parfois être compatible avec le travail. Une peau douloureuse, des plaies sous le harnachement, un prurit intense ou une forte agitation doivent en revanche conduire à réduire ou interrompre temporairement la monte.
Pour comprendre la maladie dans son ensemble, consultez notre guide sur la dermite estivale chez le cheval.
Monter un cheval avec une dermite : est-ce toujours possible ?
Non.
La possibilité de monter dépend de plusieurs éléments :
- intensité du prurit ;
- localisation des lésions ;
- présence de plaies ;
- douleur au toucher ;
- inflammation ;
- tolérance au pansage et au harnachement ;
- comportement du cheval ;
- conditions climatiques et pression des insectes.
Deux chevaux atteints de DERE peuvent donc nécessiter des décisions complètement différentes.
Un cheval présentant uniquement quelques crins cassés sur la base de la queue n’est pas dans la même situation qu’un cheval présentant :
- une encolure très excoriée ;
- des lésions sous la selle ;
- une peau épaissie et douloureuse ;
- des plaies ouvertes ;
- un prurit presque continu.

Quels signes permettent d’envisager encore le travail ?
Une activité adaptée peut parfois rester envisageable lorsque :
- le prurit est faible ou correctement contrôlé ;
- les lésions sont superficielles ;
- aucune plaie active ne se trouve sous la selle ou la sangle ;
- le pansage ne provoque pas de douleur ;
- le cheval accepte normalement la selle et le sanglage ;
- son comportement au travail reste habituel ;
- aucune infection secondaire importante n’est présente.
Même dans cette situation, le cheval doit être observé attentivement.
La tolérance au travail peut varier au cours de la saison.
Un cheval confortable le matin peut devenir beaucoup plus agité lorsque l’activité des insectes augmente en fin de journée.
Quand vaut-il mieux ne pas monter le cheval ?
Il est préférable d’interrompre temporairement la monte lorsque certains signes sont présents.
Lésions sous la selle ou la sangle
Une peau déjà inflammatoire ne doit pas subir davantage de :
- pression ;
- friction ;
- chaleur ;
- transpiration.
C’est particulièrement important lorsque les lésions se trouvent :
- au garrot ;
- sous les panneaux de selle ;
- derrière les épaules ;
- sous la sangle ;
- sous le tapis.
La pression répétée sur une peau lésée peut augmenter la douleur et ralentir la cicatrisation.

Plaies ouvertes ou excoriations importantes
Un cheval qui s’est gratté jusqu’à provoquer :
- saignement ;
- suintement ;
- plaies ;
- croûtes très douloureuses
ne doit pas recevoir de matériel qui frotte directement sur ces zones.
Les lésions cutanées peuvent également développer une infection secondaire.
Prurit intense
Un cheval qui cherche continuellement à se gratter peut avoir beaucoup de difficulté à rester concentré pendant le travail.
Le prurit intense peut provoquer :
- agitation ;
- mouvements brusques ;
- coups de queue ;
- morsures des flancs ;
- arrêts pour se gratter ;
- irritabilité.
Dans les formes sévères, l’IFCE décrit également une diminution du temps passé à manger et parfois une perte de poids.
La priorité devient alors le contrôle de la maladie et le bien-être du cheval.
Douleur au pansage ou au sanglage
Un cheval qui :
- se contracte lorsque la peau est touchée ;
- couche les oreilles ;
- tente de mordre ;
- évite le contact ;
- réagit au sanglage
peut simplement être douloureux.
Il ne faut pas attribuer automatiquement ces réactions à un problème de comportement ou de dressage.
Infection secondaire
Une peau très grattée peut se compliquer d’une infection.
Des signes comme :
- chaleur ;
- douleur ;
- suintement ;
- mauvaise odeur ;
- pustules ;
- extension rapide des lésions
nécessitent une réévaluation.
Le travail ne doit pas retarder la prise en charge médicale.
Pourquoi la selle peut-elle aggraver certaines lésions ?
Le problème vient essentiellement de l’association :
pression + friction + transpiration + peau inflammatoire.
Même chez un cheval sans DERE, un matériel mal adapté peut provoquer des lésions cutanées.
Merck décrit les lésions de harnachement comme des dommages liés à une pression focale prolongée, auxquels l’humidité et les frottements peuvent contribuer.
Lorsqu’une peau est déjà inflammatoire à cause de la DERE, sa tolérance aux contraintes mécaniques peut être encore plus faible.
Une selle correctement adaptée n’autorise donc pas à travailler directement sur une plaie active.
Le tapis de selle peut-il poser problème ?
Oui.
Le tapis est en contact direct avec :
- la peau ;
- la sueur ;
- les poils ;
- les squames ;
- certains produits appliqués localement.
Un tapis humide, sale ou abrasif peut augmenter les frottements.
Il faut donc utiliser un tapis :
- propre ;
- sec ;
- correctement positionné ;
- sans plis ;
- adapté à la selle.
Après la séance, il doit être séché avant réutilisation.
Peut-on utiliser un répulsif avant de monter ?
Oui, lorsqu’un produit adapté est utilisé conformément à sa notice.
Mais il faut éviter d’appliquer arbitrairement un produit sous les zones de forte pression du harnachement.
Certains produits peuvent :
- irriter une peau déjà lésée ;
- provoquer une réaction locale ;
- être inadaptés à une application sous une zone couverte ou soumise au frottement.
Il faut donc respecter les zones d’application, les précautions d’emploi et les recommandations figurant sur la notice du produit.duit doit être arrêté et la peau réévaluée.
Faut-il monter avec une couverture anti-insectes ?
Une couverture intégrale classique de DERE n’est généralement pas destinée à être portée sous une selle.
Certains équipements spécifiques conçus pour être utilisés pendant l’exercice existent, mais ils doivent :
- être adaptés au travail ;
- ne pas créer de plis sous le harnachement ;
- ne pas augmenter excessivement la chaleur ;
- ne pas gêner les mouvements ;
- rester correctement positionnés.
La priorité reste d’éviter tout équipement improvisé susceptible de provoquer friction ou surchauffe.
Quelle heure choisir pour monter un cheval atteint de dermite ?
Le moment de la journée peut être important.
Les Culicoides sont particulièrement actifs autour :
- du crépuscule ;
- et, dans une moindre mesure, de l’aube.
Le niveau d’activité varie cependant selon :
- les espèces ;
- le climat ;
- la température ;
- le vent ;
- l’environnement local.
Pour un cheval fortement sensible, il peut être préférable de travailler lorsque la pression des insectes est plus faible.
Éviter une forte exposition aux Culicoides reste l’un des principes essentiels de la gestion de la DERE.
Pour aller plus loin, consultez notre article sur la prévention de la dermite estivale chez le cheval.
Le vent peut-il aider pendant le travail ?
Oui, indirectement.
Les Culicoides sont de petits insectes et de mauvais voiliers.
Une bonne circulation d’air réduit leur capacité à :
- approcher le cheval ;
- se poser ;
- rester suffisamment longtemps pour se nourrir.
Un terrain ouvert et ventilé peut donc être plus confortable qu’un espace humide et très abrité du vent.
Cela ne remplace toutefois pas les autres mesures de prévention.
Faut-il raccourcir la séance ?
Pas automatiquement.
La durée doit surtout dépendre :
- du confort du cheval ;
- de la température ;
- de la quantité d’insectes ;
- de la transpiration ;
- de l’état de la peau.
Chez un cheval légèrement atteint et confortable, il n’y a pas de raison scientifique de fixer arbitrairement une durée maximale.
En revanche, la séance doit être réduite ou interrompue si le cheval :
- devient très agité ;
- tente régulièrement de se gratter ;
- réagit au matériel ;
- présente une gêne inhabituelle ;
- transpire excessivement sous une zone lésée.
La transpiration aggrave-t-elle la dermite estivale ?
La transpiration n’est pas la cause de la DERE.
La maladie est liée à l’hypersensibilité aux piqûres d’insectes.
Mais la transpiration peut rendre une peau inflammatoire :
- plus humide ;
- plus sensible aux frottements ;
- moins confortable sous le matériel.
Une peau très lésée sous la selle mérite donc une attention particulière après le travail.
Faut-il laver le cheval après chaque séance ?
Pas systématiquement.
C’est une correction importante par rapport aux conseils parfois donnés.
Un cheval légèrement transpirant n’a pas nécessairement besoin d’un shampooing ou d’une lotion après chaque travail.
Des lavages répétés peuvent :
- irriter certaines peaux ;
- éliminer une partie du film lipidique cutané ;
- maintenir inutilement l’humidité si le cheval sèche mal.
Si le cheval a beaucoup transpiré, un rinçage peut être utile selon la situation.
La priorité est ensuite de bien sécher la peau.
Il n’est pas nécessaire d’ajouter systématiquement une lotion « calmante ».
Faut-il appliquer une crème avant de seller ?
Pas sur une zone qui sera directement comprimée ou frottée sans avoir vérifié sa compatibilité.
Certaines crèmes :
- sont grasses ;
- modifient la friction ;
- peuvent retenir l’humidité ;
- peuvent salir le matériel.
Les traitements prescrits doivent être appliqués selon leur protocole, pas simplement pour « protéger de la selle ».
Si une zone nécessite une crème thérapeutique et se trouve directement sous le harnachement, la question la plus importante est souvent de savoir s’il faut réellement seller cette zone ce jour-là.
Peut-on continuer à travailler un cheval sous traitement ?
Cela dépend du traitement.
Un traitement topique local n’empêche pas nécessairement tout exercice.
En revanche :
- l’état clinique doit permettre le travail ;
- les zones traitées ne doivent pas subir un frottement contre-indiqué ;
- les médicaments doivent être utilisés conformément à la prescription.
Pour les chevaux participant à des compétitions, les règles concernant les substances médicamenteuses doivent également être respectées.
Pour la prise en charge thérapeutique générale, consultez notre guide sur le traitement de la dermite estivale chez le cheval.
Le travail peut-il guérir ou améliorer la dermite ?
Non.
L’exercice ne traite pas l’hypersensibilité.
Le fait qu’un cheval semble moins se gratter pendant qu’il travaille ne signifie pas que l’inflammation a disparu.
La stratégie de fond reste :
- réduire les piqûres ;
- contrôler le prurit ;
- traiter les lésions ;
- limiter les complications.
Il ne faut donc jamais utiliser l’exercice comme moyen de « distraire » un cheval qui se gratte beaucoup.
Comment vérifier le cheval avant de seller ?

Un contrôle rapide de quelques minutes peut éviter d’aggraver une lésion.
Examinez le garrot
Recherchez :
- poils cassés ;
- croûtes ;
- plaies ;
- chaleur ;
- sensibilité.
Examinez la zone de selle
Passez les doigts sur :
- le dos ;
- les côtés du thorax ;
- la région derrière les épaules.
Recherchez toute réaction douloureuse.
Examinez la zone de sangle
La peau doit être :
- intacte ;
- sèche ;
- non douloureuse.
Observez le comportement
Un changement inhabituel lors du pansage ou du sanglage doit être pris au sérieux.
Que vérifier après le travail ?
Après avoir dessellé :
- inspectez la peau ;
- recherchez une nouvelle rougeur ;
- vérifiez l’apparition de zones douloureuses ;
- recherchez une aggravation des croûtes ;
- observez si le cheval recommence immédiatement à se gratter intensément.
Une aggravation répétée après les séances suggère que quelque chose doit être modifié :
- durée ;
- horaire ;
- matériel ;
- contrôle des insectes ;
- traitement ;
- ou temporairement l’activité elle-même.
Peut-on monter un cheval qui se gratte beaucoup mais sans plaie ?
Il faut rester prudent.
L’absence de plaie visible ne signifie pas que le cheval est confortable.
Un prurit important est en lui-même une source de mal-être.
Une étude sur des chevaux atteints d’hypersensibilité aux piqûres d’insectes a montré que même de courtes périodes de grattage pouvaient être associées à des lésions inflammatoires cutanées modérées à sévères.
Si le cheval :
- se gratte très fréquemment ;
- interrompt son activité ;
- semble irritable ;
- ne parvient pas à se concentrer ;
il est préférable de contrôler la maladie avant d’exiger un travail normal.
Peut-on monter un cheval avec des croûtes de dermite ?
Cela dépend de leur localisation et de leur sensibilité.
Quelques petites croûtes éloignées du harnachement peuvent ne pas empêcher le travail.
En revanche, des croûtes :
- douloureuses ;
- suintantes ;
- très adhérentes ;
- situées sous la selle ou la sangle
doivent conduire à éviter le contact du matériel.
Quand faut-il appeler le vétérinaire ?
Une évaluation vétérinaire est recommandée lorsque :
- le diagnostic de DERE n’est pas certain ;
- les lésions sont importantes ;
- le cheval se blesse en se grattant ;
- une infection est suspectée ;
- la peau devient très épaissie ;
- le cheval présente une douleur importante ;
- les lésions se trouvent sous le matériel ;
- le cheval devient difficile ou dangereux à manipuler à cause du prurit ;
- la prévention habituelle ne suffit plus ;
- les traitements actuels sont inefficaces.
Un cheval qui se gratte n’est pas automatiquement atteint de DERE.
Si les signes sont atypiques, consultez notre guide Cheval qui se gratte : causes et signes d’alerte.
Tableau : peut-on monter aujourd’hui ?
| Situation | Monter ? |
|---|---|
| DERE légère, peau intacte, cheval confortable | Souvent possible avec surveillance |
| Quelques lésions loin du harnachement | Possible selon le confort |
| Prurit important mais sans plaie visible | Prudence ; réduire ou interrompre si inconfort |
| Plaies ou croûtes douloureuses sous la selle | Non |
| Lésions sous la sangle | Non |
| Infection secondaire suspectée | Avis vétérinaire avant travail |
| Cheval très agité ou incapable de se concentrer | Éviter temporairement |
| Réaction douloureuse au sanglage | Ne pas poursuivre sans rechercher la cause |
| Lésions aggravées systématiquement après le travail | Revoir la gestion et interrompre si nécessaire |
Ce tableau est une aide pratique et ne remplace pas l’évaluation individuelle du cheval.
FAQ — Monter un cheval atteint de dermite
Peut-on monter un cheval avec une dermite légère ?
Oui, si le cheval est confortable, que les lésions sont superficielles et qu’elles ne se trouvent pas sous le harnachement.
Faut-il arrêter complètement le travail pendant tout l’été ?
Non, pas systématiquement.
La décision dépend de la sévérité de la DERE et de l’état du cheval.
Peut-on poser une selle sur une zone atteinte ?
Pas sur une plaie, une lésion douloureuse ou une zone cutanée active susceptible d’être aggravée par la pression et la friction.
La transpiration provoque-t-elle la dermite ?
Non.
La DERE est une hypersensibilité aux piqûres d’insectes. La transpiration peut toutefois augmenter l’inconfort et la macération d’une peau déjà lésée.
Faut-il laver le cheval après chaque séance ?
Non.
Un lavage doit répondre à un besoin réel. Après un rinçage, la peau doit être correctement séchée.
Le travail peut-il calmer les démangeaisons ?
Il peut temporairement détourner l’attention du cheval, mais il ne traite pas la maladie.
Quelle est la meilleure heure pour monter ?
Il est préférable d’éviter autant que possible les périodes de forte activité des Culicoides, notamment autour du crépuscule et parfois de l’aube.
Une dermite peut-elle rendre un cheval dangereux à monter ?
Dans une forme sévère, un prurit important peut provoquer agitation, mouvements brusques ou irritabilité.
La sécurité du cheval et du cavalier doit alors primer.
Conclusion
Il est parfois possible de monter un cheval atteint de dermite estivale, mais la présence de DERE ne suffit pas à donner une réponse universelle.
La décision repose surtout sur :
- la localisation des lésions ;
- leur sévérité ;
- la douleur ;
- l’intensité du prurit ;
- le comportement ;
- le contact avec la selle et la sangle ;
- l’exposition aux insectes pendant le travail.
Une forme légère, bien contrôlée et sans lésion sous le harnachement peut être compatible avec une activité normale ou adaptée.
À l’inverse, une peau douloureuse, des plaies actives, un prurit intense ou une forte agitation justifient une diminution ou une interruption temporaire du travail.
La priorité n’est pas de maintenir coûte que coûte le programme d’entraînement, mais d’éviter qu’une séance n’augmente la douleur, les frottements ou les lésions cutanées.
Sources et références
- IFCE équipédia — Dermatite estivale récidivante des équidés (dermite)
- Cox A., Stewart A.J. — Insect Bite Hypersensitivity in Horses: Causes, Diagnosis, Scoring and New Therapies. Animals, 2023;13(15):2514.
- Marsella R., White S., Fadok V.A. et al. — Equine allergic skin diseases: Clinical consensus guidelines of the World Association for Veterinary Dermatology. Veterinary Dermatology, 2023;34(3):175–208.
- The Effect of Insect Bite Hypersensitivity on Movement Activity and Behaviour of the Horse. Animals, 2023.
- Merck Veterinary Manual — Saddle Sores in Horses