Traitement dermite cheval par soins vétérinaires locaux

Traitement de la dermite estivale chez le cheval : soins, médicaments et prévention

Le traitement de la dermite chez le cheval, lorsqu’il s’agit d’une dermatite estivale récidivante des équidés (DERE), repose sur un principe essentiel : il ne suffit pas d’appliquer une crème sur les lésions.

La DERE est une réaction d’hypersensibilité principalement provoquée par les piqûres de Culicoides. La prise en charge doit donc agir simultanément sur l’exposition aux insectes, les démangeaisons, l’inflammation cutanée et les éventuelles complications secondaires.

Il n’existe actuellement pas de traitement permettant de supprimer définitivement la prédisposition allergique. L’objectif est plutôt de contrôler la maladie et d’améliorer durablement le confort du cheval. L’IFCE résume la stratégie actuelle autour de deux priorités : éviter les piqûres et réduire inflammation et prurit. 

Pour comprendre la maladie elle-même, consultez également notre guide complet sur la dermite estivale chez le cheval.


Traitement dermite cheval : quelles sont les priorités ?

Chez un cheval atteint de DERE, une stratégie efficace associe généralement plusieurs mesures.

La première consiste à réduire au maximum les nouvelles piqûres de Culicoides. Tant que le cheval continue à être fortement exposé aux insectes responsables, les médicaments destinés à diminuer le prurit risquent de n’apporter qu’une amélioration temporaire.

La deuxième consiste à contrôler suffisamment les démangeaisons pour interrompre le cercle :

piqûres → réaction allergique → prurit → grattage → lésions → inflammation supplémentaire.

Enfin, les lésions existantes doivent être examinées afin de rechercher une éventuelle complication, notamment une infection secondaire.

La prise en charge est généralement plus efficace lorsqu’elle commence précocement, idéalement avant l’installation de lésions importantes. 


1. Réduire les piqûres de Culicoides : la base du traitement

La protection contre les insectes n’est pas un simple complément au traitement : elle constitue l’un de ses éléments fondamentaux.

Les Culicoides vivent notamment dans des environnements humides ou semi-aquatiques et sont particulièrement actifs pendant les périodes chaudes, souvent avant et autour du crépuscule. 

Couvertures anti-dermite

Les couvertures conçues spécifiquement pour la DERE peuvent protéger une grande partie du corps :

crinière, encolure, dos, ventre et base de la queue selon les modèles.

Une couverture classique anti-mouches n’offre pas nécessairement le même niveau de protection contre ces très petits moucherons.

Elle doit surtout être :

correctement ajustée, respirante, suffisamment couvrante et régulièrement contrôlée afin d’éviter frottements et déchirures.

Consultez notre guide consacré aux couvertures anti-mouches pour chevaux pour comprendre leurs différents usages.

Protection du cheval contre les Culicoides avec couverture anti-dermite

Mise à l’abri

La rentrée au box pendant les périodes d’activité importante des insectes peut également réduire l’exposition.

Merck indique notamment que la mise à l’abri pendant les heures sensibles, associée aux couvertures, répulsifs et autres mesures de contrôle, peut aider à limiter les piqûres. 

Les horaires ne doivent cependant pas être considérés comme universels : l’activité varie selon les espèces, la région, la météo et la saison.

Ventilation

Les Culicoides volent difficilement lorsqu’un courant d’air suffisamment important est présent. Un ventilateur correctement installé dans une écurie sûre et bien ventilée peut donc contribuer à réduire leur capacité à atteindre le cheval.

Cette mesure ne remplace toutefois pas une couverture ou une stratégie globale.


2. Les répulsifs et insecticides peuvent-ils suffire ?

Les répulsifs peuvent participer à la protection mais leur efficacité est variable.

Elle dépend notamment de la molécule, de la formulation, de la durée d’action, de la transpiration, de la pluie et de la fréquence d’application.

Merck mentionne l’utilisation possible de répulsifs ou insecticides approuvés en complément de la protection physique et de la gestion de l’environnement. 

Pour un cheval présentant une DERE importante, un répulsif seul est rarement une stratégie suffisante.

Il faut également éviter d’appliquer un produit potentiellement irritant directement sur une peau excoriée ou très inflammatoire.


3. Comment soulager les démangeaisons ?

Le prurit constitue souvent le problème central.

Un cheval qui se gratte intensément peut transformer de petites lésions allergiques en vastes zones dépilées, inflammatoires et douloureuses.

Lorsque la DERE est importante, le vétérinaire peut donc avoir recours à des médicaments anti-inflammatoires et antiprurigineux.

Les corticoïdes

Les glucocorticoïdes constituent l’un des traitements les plus efficaces pour réduire rapidement l’inflammation et le prurit associés à la DERE.

Lorsque la localisation et les lésions le permettent, la voie locale est particulièrement intéressante.

L’IFCE rapporte notamment de bons résultats avec l’acéponate d’hydrocortisone utilisé localement dans une étude, associé à des soins cutanés. Elle souligne également que les corticoïdes locaux sont préférables à une utilisation systémique lorsque cela est possible en raison des effets indésirables potentiels des corticoïdes généraux. 

Dans les formes sévères, un traitement systémique peut néanmoins être envisagé par le vétérinaire.

Le choix dépend alors de l’intensité du prurit, de l’étendue des lésions, de l’état général et des facteurs de risque individuels du cheval.

L’utilisation répétée ou prolongée de corticoïdes ne doit pas être banalisée chez le cheval.


4. Comment prendre soin des lésions cutanées ?

La peau doit être traitée en fonction de son état réel.

Certaines lésions sont sèches et légèrement excoriées ; d’autres sont épaissies, suintantes ou compliquées par une infection secondaire.

Des soins locaux peuvent notamment avoir pour objectif de nettoyer doucement la peau, diminuer l’irritation, restaurer la barrière cutanée et permettre l’application correcte d’un traitement local.

L’IFCE mentionne notamment les produits contenant de l’avoine colloïdale, des émollients et, dans certaines situations, des produits locaux destinés à réduire le prurit. 

Il faut en revanche éviter les lavages agressifs et répétés qui entretiennent l’irritation.

Soins locaux des lésions de dermite estivale chez le cheval

Faut-il retirer les croûtes ?

Pas systématiquement.

Des croûtes superficielles qui se détachent facilement peuvent être éliminées au cours de soins doux.

En revanche, arracher brutalement une croûte très adhérente peut :

augmenter la douleur, provoquer un saignement, endommager davantage la barrière cutanée et encourager de nouveaux frottements.

La priorité reste d’identifier l’état de la peau sous-jacente et l’existence éventuelle d’une infection.

Faut-il tondre les zones atteintes ?

Cela peut être utile dans certaines situations.

La tonte locale peut faciliter :

l’examen des lésions, leur nettoyage et l’application correcte de médicaments locaux.

L’IFCE indique notamment que la tonte peut faciliter l’utilisation de traitements topiques sur les zones concernées. 

Elle n’est cependant pas automatiquement nécessaire sur toutes les DERE.


5. Quand utiliser des antiseptiques ?

Les antiseptiques ne traitent pas la réaction allergique responsable de la DERE.

Ils peuvent avoir un intérêt lorsqu’il existe une lésion contaminée ou une infection cutanée secondaire.

Le choix du produit, sa concentration et la fréquence d’utilisation doivent être adaptés à l’état de la peau.

Utiliser quotidiennement un antiseptique puissant sur toutes les lésions de DERE sans indication peut irriter davantage la peau.


Les antibiotiques sont-ils nécessaires ?

Pas pour la DERE elle-même.

La maladie est allergique et non bactérienne.

Les antibiotiques ne sont indiqués que lorsqu’une infection bactérienne secondaire est diagnostiquée ou fortement suspectée.

Le choix d’un antibiotique doit rester raisonné et dépendre de l’examen vétérinaire ; dans certaines infections, un prélèvement bactériologique peut être indiqué.

L’apparition de douleur importante, chaleur, gonflement, écoulement purulent ou extension rapide des lésions mérite un examen vétérinaire.


6. Avoine colloïdale, émollients et shampooings

Certains soins cutanés peuvent améliorer le confort sans agir directement sur l’allergie.

L’avoine colloïdale est utilisée pour ses propriétés apaisantes et anti-inflammatoires locales.

Les émollients peuvent contribuer à préserver ou restaurer la souplesse de la peau.

Ils restent cependant des soins complémentaires.

Ils ne remplacent ni la protection contre les insectes ni un traitement anti-inflammatoire lorsqu’il est nécessaire. 


7. Les remèdes naturels sont-ils efficaces ?

Ces produits ne doivent pas être présentés comme des traitements établis de la DERE.

Concernant la phytothérapie, les données actuellement disponibles ne permettent pas de conclure à son efficacité dans la DERE. L’IFCE indique que son intérêt dans cette maladie n’a pas été étudié.

Cela ne signifie pas que chaque produit végétal est forcément inefficace, mais que nous ne disposons pas d’un niveau de preuve permettant de les présenter comme des traitements de référence.

Par ailleurs, une préparation naturelle peut être irritante. Les huiles essentielles, produits fortement aromatiques, mélanges artisanaux ou substances caustiques doivent être utilisés avec une grande prudence sur une peau déjà inflammatoire ou excoriée.

Naturel ne signifie ni démontré ni sans risque.

Le vinaigre de cidre traite-t-il la dermite estivale ?

Il n’existe pas de preuve solide permettant de considérer le vinaigre de cidre comme un traitement de référence de la DERE.

Sur une peau lésée, inflammatoire ou excoriée, son application peut également être irritante.

Il ne doit donc pas être considéré comme un traitement standard de la DERE.

L’huile de cade traite-t-elle la DERE ?

L’huile de cade est parfois utilisée traditionnellement sur la peau des chevaux, mais les données disponibles ne permettent pas de la considérer comme un traitement démontré de la DERE. Selon sa formulation et son utilisation, elle peut également être irritante pour une peau déjà lésée.

Cela ne suffit cependant pas pour démontrer une efficacité clinique contre l’hypersensibilité aux Culicoides.

Elle ne doit pas remplacer la stratégie réellement essentielle : protéger le cheval contre les piqûres et contrôler médicalement l’inflammation lorsqu’elle est importante.


8. Les oméga-3 et oméga-6 sont-ils utiles ?

Les acides gras essentiels sont parfois proposés pour améliorer la qualité de la peau.

Mais concernant spécifiquement la DERE, plusieurs études contrôlées n’ont pas apporté de résultats suffisamment convaincants.

L’IFCE conclut que la supplémentation en oméga-3 et oméga-6 semble apporter peu de bénéfices cliniques, et que leur efficacité par voie locale n’est pas démontrée. 

Une ration équilibrée reste bien entendu importante pour la santé générale du cheval, mais un complément alimentaire ne remplace pas la prévention des piqûres.


9. La pentoxifylline est-elle utile ?

La pentoxifylline a parfois été utilisée en association avec des corticoïdes dans l’objectif de diminuer les doses de ces derniers.

Cependant, son intérêt spécifique dans la DERE n’a pas été démontré de manière convaincante selon la synthèse récente de l’IFCE. 

Elle ne doit donc pas être présentée comme un traitement standard de première intention.


10. Immunothérapie : peut-on désensibiliser le cheval ?

L’idée consiste à modifier progressivement la réponse immunitaire du cheval vis-à-vis des allergènes responsables.

Différentes techniques d’immunothérapie ont été étudiées.

Les résultats des immunothérapies classiques basées sur des extraits de Culicoides ont été contradictoires et il n’existe actuellement pas de protocole standardisé suffisamment validé pour être utilisé comme traitement courant.

Des travaux plus récents portant sur des allergènes recombinants sont cependant prometteurs. 

Il s’agit donc d’un domaine de recherche intéressant, mais pas encore d’une solution simple disponible pour tous les chevaux.

Existe-t-il un vaccin ?

Des vaccins expérimentaux ciblant notamment des molécules impliquées dans l’allergie et le prurit, comme les interleukines IL-5 et IL-31, ont montré des résultats intéressants dans certaines études.

Cependant, aucun vaccin spécifique contre la DERE n’est actuellement disponible en routine

Il convient donc d’être prudent face aux produits présentés comme des « vaccins contre la dermite » sans validation précise de cette indication.


11. Peut-on traiter uniquement lorsque le cheval commence à se gratter ?

C’est rarement la stratégie optimale.

Chez un cheval dont la DERE est connue, il est préférable d’anticiper.

Une fois le cycle prurit-grattage-inflammation installé, la maladie devient généralement beaucoup plus difficile à contrôler.

L’IFCE recommande ainsi de mettre en place les mesures précocement, dès le début de la saison favorable aux Culicoides, avant l’apparition de lésions importantes. 

Consultez notre guide spécifique sur la prévention de la dermite estivale chez le cheval.


12. Comment savoir si le traitement fonctionne ?

L’efficacité ne doit pas être évaluée uniquement sur l’apparence de la crinière.

Les premiers critères intéressants sont notamment :

la diminution du temps passé à se gratter, la réduction des nouvelles excoriations, l’amélioration du sommeil et du comportement, l’absence d’extension des lésions et progressivement la repousse des crins.

Prendre des photographies régulières des mêmes zones peut être utile pour suivre objectivement l’évolution.

Quand faut-il revoir le vétérinaire ?

Un nouvel examen est particulièrement indiqué si le prurit reste important malgré les mesures de protection, si les lésions continuent à s’étendre, deviennent douloureuses ou suintantes, si une infection secondaire est suspectée, si le traitement corticoïde doit être répété fréquemment ou si le tableau n’est finalement pas aussi saisonnier que prévu.

Une absence de réponse à un traitement correctement mis en œuvre doit également faire reconsidérer le diagnostic.

Un cheval « dermiteux » peut en réalité présenter simultanément une parasitose, une infection ou une autre maladie cutanée.

Dans ce cas, consultez également notre page pilier sur les dermatoses chez le cheval ou notre guide Cheval qui se gratte : quand s’inquiéter ?

Traitements de la DERE : que retenir ?

MesurePlace dans la prise en charge
Réduction des piqûresEssentielle
Couverture adaptéeTrès importante chez de nombreux chevaux
Gestion des horaires et de l’environnementImportante
Répulsifs/insecticides adaptésComplément utile
VentilationComplément intéressant
Corticoïdes locauxEfficaces pour contrôler inflammation/prurit dans certains cas
Corticoïdes systémiquesPossibles dans certaines formes sévères, sous contrôle vétérinaire
Émollients / avoine colloïdaleSoins complémentaires
AntibiotiquesSeulement en cas d’infection bactérienne secondaire
Antihistaminiques systémiquesEfficacité généralement faible
Oméga-3/6Bénéfice clinique peu convaincant
PhytothérapiePreuves insuffisantes
ImmunothérapieRecherche en cours, pas de protocole standard courant
Vaccination spécifiquePas disponible actuellement

Cette synthèse correspond aux données récentes de l’IFCE et aux recommandations générales de lutte contre les Culicoides décrites par Merck. 


FAQ — Traitement de la dermite chez le cheval

Quel est le meilleur traitement contre la dermite estivale ?

Il n’existe pas un seul traitement universel.

La stratégie la plus efficace associe généralement prévention des piqûres + contrôle du prurit et de l’inflammation + soins adaptés des lésions.

Un corticoïde guérit-il la DERE ?

Non.

Il peut fortement réduire l’inflammation et les démangeaisons, mais il ne supprime pas la prédisposition allergique ni l’exposition aux insectes.

Faut-il donner des antibiotiques ?

Pas systématiquement.

Ils n’ont aucune action sur l’allergie responsable de la DERE et ne sont indiqués que lorsqu’une infection bactérienne secondaire le justifie.

Peut-on traiter uniquement avec une couverture ?

Certains chevaux présentant des formes légères peuvent être très bien contrôlés grâce à une protection physique particulièrement efficace.

Dans d’autres cas, elle doit être associée à des répulsifs, une gestion environnementale et éventuellement un traitement médical.

Peut-on utiliser des huiles essentielles ?

Leur efficacité contre la DERE n’est pas suffisamment démontrée et certaines peuvent irriter une peau lésée.

Elles ne doivent pas être considérées comme une alternative équivalente aux méthodes dont l’efficacité est mieux documentée. 

Pourquoi mon cheval continue-t-il à se gratter malgré le traitement ?

Plusieurs possibilités existent : exposition persistante aux insectes, protection insuffisante, inflammation encore importante, infection secondaire ou erreur de diagnostic.

Une réévaluation vétérinaire est alors utile.

Faut-il commencer le traitement avant l’été ?

Pour un cheval déjà connu comme atteint de DERE, les mesures préventives doivent idéalement commencer avant que le prurit et les lésions deviennent importants


Conclusion

Le traitement de la dermite chez le cheval ne consiste pas à choisir entre un remède « naturel » et un médicament vétérinaire.

La DERE est une maladie allergique chronique provoquée principalement par les piqûres de Culicoides. Sa prise en charge repose donc avant tout sur une stratégie combinée.

Limiter les nouvelles piqûres est indispensable.

Les traitements locaux ou généraux permettent ensuite de contrôler l’inflammation et les démangeaisons lorsque cela est nécessaire, tandis que les soins cutanés protègent la peau et permettent de prendre en charge d’éventuelles complications secondaires.

Les solutions dont l’efficacité n’est pas démontrée ne doivent pas remplacer cette stratégie.

Chez un cheval connu pour souffrir chaque année de DERE, anticiper avant les premières lésions est généralement beaucoup plus efficace que d’attendre une crise importante pour intervenir

Sources et références

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